Comme un certain nombre parmi vous le savent, j’ai effectué récemment le Pèlerinage de Compostelle entre Le Puy en Velay et St Jacques. Ce Pèlerinage c’était pour moi comme un rêve de môme. Mais la décision, je l’ai prise il y a quelques années en visitant Ronchamp, le Corbusier. « Ecoutez-voir », ça m’avait bien plu ! A mon retour de cette visite, ce fut, dans ma tête, marché conclu et à défaut d’alarme ce fut le déclic.
Pourquoi ? Pourquoi donc aller au Tibet, pays du Bouddha crucifié ? pour moi ce serait Compostelle, pays du St Jacques vénéré.
Je partis donc du Puy en Velay et non de Grelibre (Grenoble), un certain jour de mai 2008. La séparation avec Maud, ma compagne, fut déchirante et je vis perler sur ses joues une larme rouge. Avant de partir elle me recommanda : dile a tu mama !
Faire Compostelle, comme on dit, était pour moi un choix personnel. Cette année il n’y aurait donc pas de vacances romaines. Certes Compostelle n’a rien à voir avec un retour aux sources du tantrisme de Ouagadougou City ni avec un pèlerinage à la Grotte de Lourdes ou à la Grotte du Che.
Compostelle c’est une expérience unique où la marche permet une riche introspection. Notre vie est mise alors sans dessous dessus et finalement l’on peut dire que toute vie humaine est une vie. Marcher sur le chemin des étoiles c’est cool finalement ! pas besoin d’essai sur ma haine, pas de potins particuliers. On se concentre uniquement sur l’Essentiel.
Le chemin (El Camino) s’effectuera donc durant deux mois et demi sans aucun pépin physique sinon un simple problème de pied lors de la traversée des Pyrénées. Mais grâce aux bons soins d’André tout rentra dans l’ordre. Ah les Pyrénées ! en prenant de la hauteur, quel plaisir de contempler les lignes d’en haut !
La marche est aussi propice à la réflexion, au retour sur soi, à la découverte, au souvenir. Je me suis souvenu par exemple de Saziley où en ce temps-là j’avais failli être englouti sous les flots de l’Océan Indien. Mais aujourd’hui j’en ris(riz) !!
Je me suis souvenu aussi de ma période militaire où lors de la Bataille dite du Fox-terrier, je dus me servir du canon dit de Ordesa. Je me suis souvenu encore de Lucas avec lequel notre amitié se figea au fil du temps. A mesure que je m’approchai de Compostelle, je m’éloignai de mon port d’attache, enfin façon de parler. L’écart se creuse, me disais-je.
Le Chemin de St Jacques longe parfois des routes mais pas la Route 66. Il traverse par contre cette belle région du Béarn. Un soir je fus hébergé dans un gîte rural près d’Arthez-de-Béarn. Et mon hôtelier dans une conversation haute en couleurs, arrosée d’un Armagnac- maison me décrivit le béarnais comme, dit-on, paraît-il, « faux ,fier et courtois ». Je ne sais pas si les béarnais présents ici ce matin sont d’accord avec cette description mais personnellement je trouve quand même l’ardoise quelque peu salée !
Au 974…ème km je rencontre Jansen, un pèlerin d’Europe du Nord, du pays des elfes qui, un soir au gîte d’étape me raconte la Légende de Magnus Olafsson. Avec Jansen je vais marcher durant plusieurs jours. A Montenach, au pays des orchidées, je lui fais connaître ces fleurs que nous aimons.
Un peu plu loin nous rencontrons des filles seules dont Cécile Friser, une vieille connaissance. Puis, au bout de quelques étapes nous nous séparons car Jansen n’ira pas jusqu‘au bout. Pour lui : Compostelle c’est le bout du bout du monde ! Aussi je vais poursuivre mon chemin tout seul à travers l’Espagne. Je vais y rencontrer des marcheurs, des visiteurs, plus que des pèlerins. Je rencontre en particulier quelques asiatiques égarés sur ce Chemin. Et pour moi à les voir, c’est un véritable petit divertissement hispano-vietnamien.
En fin, au bout de 1980 heures ou 118. 800 minutes ! j’arrive enfin à St Jacques de Compostelle où les cloches de la cathédrale sonnent à toutes volées. Ayant retenu la leçon, ce n’était pas dupipeau, je m’associe donc aux chants des pèlerins en compagnie de Régis Chanteclair.
Mais au Moyen-Age les pèlerins ne s’arrêtaient pas à Compostelle, ils continuaient leur pèlerinage jusqu’au bord de l’Atlantique jusqu’au Cap Fisterra, la pointe la plus occidentale de l’Espagne, là où s’échoua le Chalutier Huerta dont le sauvetage fut épique et où, aujourd’hui, les couleurs mer me paraissent parfois quelque peu pâlichonnes.
Voilà raconté en quelques minutes ce long cheminement. Et je viens de me rendre compte que, finalement, j’ai mis moins de temps pour faire ce périple que pour faire un nouveau diaporama !
Excusez-moi si j’ai été un peul long mais ce récit constitue presque pour moi un véritable monument aux mots. Et peut-être pourrais-je résumer cette aventure sous le titre : « A la recherche du passé perdu » ou « Passion, selon St Jacques ».
JP. GUIBAL